
par Souhila Hammadi
Le mouvement de solidarité avec la lutte des femmes, animé principalement par des moudjahidate connues et reconnues, exhorte les pouvoirs publics à abroger le code de la famille.
Des combattantes de la guerre de Libération nationale, à leur tête Fetouma Ouzegane, ont annoncé, hier lors d’une conférence de presse tenue au siège de Ahd 54 à Alger, la naissance du mouvement de solidarité avec la lutte des femmes. La présence de figures de proue de la Révolution algérienne conjuguée au féminin, à l’instar de l’inénarrable Djamila Bouhired ou encore Annie Steiner (ancienne condamnée à mort) et Houria Imache (détenue au centre de concentration d’Aokas à Béjaïa), a donné à la rencontre une dimension qui transcende les limites d’un combat purement féministe. “Ne parlons surtout pas de mouvement féministe mais d’organisation de femmes en lutte pour leurs droits”, rectifie Houria Imache. “Nous avions, pour la majorité, 17 ans au début de la Révolution. Nous sommes aujourd’hui des grands-mères. Nous disons au pouvoir : cessez de vous amuser avec nous.
Nous ne nous laisserons plus faire, nous ne serons plus des citoyennes à moitié”. Sur un ton tout aussi incisif, elle brocarde les partis politiques, y compris ceux d’essence démocratique. “Nous avons adhéré aux partis politiques (le FFS dans son cas, ndlr) parce que nous étions désorganisées. Nous y avons laissé nos illusions. Ils ne se soucient pas du sort des femmes. Ils s’en servent juste comme garniture”. Fetouma Ouzegane reprend la parole pour préciser que le mouvement, en gestation depuis les années 80, ne s’encombrera d’aucune chapelle partisane. Le combat sera mené pour les femmes par les femmes. “Nous exigeons l’abrogation du code de la famille”, assène la moudjahida. Elle indique, par là même, qu’une conférence nationale regroupera bientôt des anciennes combattantes et des militantes plus jeunes, afin de convenir des actions à mener pour faire aboutir les revendications exprimées. “Toutes les moudjahidate sont acquises à la cause, hormis celles qui sont au FLN”, précise-t-elle. Intervenant à nouveau, Houria Imache explique que l’initiative, qu’elle et ses camarades ont entreprise, émane d’un volonté avérée de mettre un terme aux tergiversations du système et la mauvaise fois de la classe politique en matière de confiscation des droits des Algériennes. “Nous saurons toujours faire le couscous et la galette ; nous continuerons à accomplir nos obligations de bonnes musulmanes... Mais aujourd’hui, nous voulons en finir avec les aléas de la condition féminine”. Une autre ancienne combattante, jusque-là en retrait du débat, souligne que l’abrogation de la loi de 1984 est revendiquée dans le but d’abolir le principe de la minorité des femmes. “Il existe un grand paradoxe entre la réalité de la société qui admet l’affranchissement des femmes et leur accès à tous les domaines professionnels, et les dispositions du code de la famille qui ne leur reconnaissent même pas le droit parental”.
Et encore une autre de renchérir : “Les leaders du mouvement islamiste, qui se font passer pour les représentants de Dieu sur terre, devraient mieux lire et comprendre le Coran qui consacre l’égalité entre les deux sexes.” Elle étaye ses propos par un verset coranique avant d’ajouter qu’il ne revient nullement “aux hommes de promulguer des lois qui contrecarrent la nature”. L’implication de femmes, qui ont participé activement à libérer le pays du joug du colonialisme et dont la réputation a dépassé les frontières nationales, donnera sans aucun doute un souffle salvateur au combat pour la disparition des dispositions discriminatoires du code de la famille.
S. H.