"De même que l'Europe n'est pas la seule affaire des Européens, l'Islam n'est pas la chose exclusive des musulmans".

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11 mars 2004

Le 11 mars 2004, dans les locaux de l’ACB (Association de culture berbère)

Présents

Tewfik Allal (militant syndical, coordinateur du manifeste), Arezki Metref (journaliste, écrivain, militant de l’ACB), Nasséra Si Mohamed (cadre administratif, militante du groupe " Femmes d’Ici et de Là-bas " de L’ACB et de " 20 ans Barakat "), Karim Messaoudi (cadre administratif, militant associatif), Nadia Tazi (philosophe), Fethi Benslama (écrivain, psychanalyste), Chahla Chafiq-Beski (écrivain), Baya Kasmi (scénariste), Fatima Lalem (sociologue, militante de l’Association de solidarité avec les femmes algériennes démocrates et de " 20 ans, barakat ! "), Brigitte Allal (professeur de français, militante de l’Association de solidarité avec les femmes algériennes démocrates et de " 20 ans, barakat ! "), Mohammed Abdi (secrétaire national de " Ni putes ni soumises "), Djilali Benamrane (économiste).

Excusés

Nadia Chaabane (enseignante, militante associative), Nabile Farès (psychanalyste, écrivain), Nourrédine Saadi (écrivain), Abderrahim Nejjarine (militant syndical), Hadj Khélil (économiste), Taous Aït Si Slimane (médiatrice scientifique), Farouk Mansouri (consultant).

Tewfik Allal, après une brève introduction, raconte la genèse du manifeste : d’abord, de son écriture, collective, par un petit groupe d’Algériens déjà très sensibilisés et actifs sur la question de l’oppression des femmes au Maghreb, révoltés par les propos tenus lors des manifestations de femmes voilées ici en France, et résolus à ne pas laisser confisquer leurs opinions et points de vue par des gens parlant " au nom de l’islam " ; ensuite, de sa réception, dans un premier temps par courrier électronique et téléphone, puis après sa publication dans Libération du 16 février 2004 : une réception incroyablement enthousiaste, notamment dans les milieux intellectuels, enseignants, associatifs et municipaux, faisant apparaître clairement que ce point de vue manquait et avait sa place ­ et une place forte ­ parmi les gens de " cultures d’islams ".

Il relate aussi ce qui a déjà été fait : contacts avec les journaux marocains (Libération), algériens (El Watan, Le Soir), tunisiens (Attarik Eljedid), pour une publication au Maghreb ; contacts avec les divers réseaux de l’immigration ; publication d’extraits du texte dans Il Manifesto (20 février 2004) ; traduction du texte en arabe et en anglais en direction du Machrek, la version anglaise ayant été donnée en mains propres à Sari Nusseibeh et à Ami Ayalon, à l’occasion d’un débat organisé par " La Paix maintenant ", à Paris ; affichage sur divers sites Internet, et projet de parution dans des journaux d’associations et revues (Prochoix). Il fait également part du soutien recueilli parmi les nombreux "amis du manifeste ", femmes et hommes qui, sans être de culture ou de pratique musulmane, se sentent impliqués par un débat de portée universelle.

Ensuite, chacun des participants dira ce qui fait de ce manifeste, pour lui, un " événement " : il n’accuse pas l’" autre ", pour une fois (Baya Kasmi), et " balaye devant sa porte " (Nadia Tazi) ; il soulève les questions clés, les questions tabous, du monde musulman (Chahla Chafiq-Beksi) ; il trace des perspectives d’avenir, bien au-delà de la problématique médiatique sur le " voile ", qui, au reste, ne concerne qu’une toute partie de la " communauté musulmane " (Arezki Metref) ; il renoue avec les idées de liberté et de progrès avancées, historiquement, par les mouvements réformistes musulmans et arabes (Mohammed Abdi) ; il mérite d’être largement diffusé dans les milieux populaires auxquels il est destiné (Karim Messaoudi), voire dans d’autres aires culturelles, en particulier l’Afrique (Djilali Benamrane) ; il "touche le vrai grand problème, au vif de la question qui est en train de conduire notre monde au suicide : la question de l’identité. Les intellectuels, les hommes politiques, les leaders d’opinion, ont systématiquement préféré l’identité à la liberté. Les trois termes du texte ­ misogynie, homophobie et antisémitisme ­ sont venus toucher ce qui est mortel, même dans des causes nobles comme les luttes du peuple palestinien, et les conduit au suicide. Le fascisme de l’identité fonctionne, chez nous, autour du même et du propre, et le manifeste est venu remettre de l’hétérogène, du vital, du mélange. Cette réaction de vie, il faut la poursuivre, c’est notre responsabilité aujourd’hui, c’est la tâche de notre génération : placer la liberté avant l’identité, devant. Ce qui accompagne le fascisme de l’identité, ce sont les ségrégations, qui entraînent que l’on perde de vue les choses d’ensemble, et nous devons donc faire converger ces mouvements séparés " (Fethi Benslama).

Comment poursuivre ? Comment envisager l’action ?

1)Continuer à faire circuler le texte et à recueillir des signatures, et, pour ce faire, solliciter d’abord l’aide de chacun des signataires et de leurs amis pour diffuser le manifeste (à ce propos s’est posée la question des signatures des personnes qui ne sont pas de " culture musulmane ", expression critiquée par certains et à laquelle il aurait peut-être fallu préférer " cultures d’islams ", avec tous les pluriels possibles ; il a été décidé, désormais, dans toutes nos publications et manifestations, d’en faire une liste de soutien (" Les amis du manifeste "), à la suite des signataires ­ complémentairement, en appui à leur initiative ­, dans la mesure où il est nécessaire, dans un premier temps, de " se compter ".

2)Multiplier les possibilités de publication et de diffusion du manifeste : affichage sur les sites amis ; tirage d’un quatre-pages, avec le texte, la liste des signataires et celle de leurs amis, à destination des milieux scolaires, associatifs et syndicaux.

3) Traduire le manifeste en espagnol, en italien, en allemand, en persan, en berbère, et en d’autres langues, si nécessaire. 4)Construire un site Internet, avec affichage de correspondances et textes autour du manifeste. Rayonnement possible en Afrique et au Machrek, avec possibilité de rubriques de discussion.

5)Organiser, prochainement, des rencontres, conférences-débats, ou des dîners-débats, autour de sujets précis soulevés par le manifeste, et qui seraient ouverts à des idées provenant d’autres horizons.

6)Interpeller les intellectuels : que vont-ils faire devant ce manifeste qui apparaît maintenant ?

7)Envisager une republication du manifeste, avec des textes où certains d’entre nous diraient pourquoi ils ont signé ce texte.

8)Chercher des moyens pour que le manifeste parvienne dans les milieux populaires, pour créer un mouvement.

9)Organiser un grand débat public (Sorbonne, Mutualité ?), et " se nommer " (Fethi Benslama propose un nom autour de l’idée d’" émergences ").