"De même que l'Europe n'est pas la seule affaire des Européens, l'Islam n'est pas la chose exclusive des musulmans".

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25 mars 2004

Présents : Taous Aït Si Slimane, Sanhadja Akrouf, Brigitte Allal, Laïla Babès, Chahla Chafiq-Beski, Baya Kasmi, Nadia Tazi, Wassyla Tamzali. Tewfik Allal, Djilali Benamrane, Noureddine Hafdane, Farouk Mansouri, Arezki Metref, Karim Messaoudi.

Excusés : Thamy Ayouch, Fethi Benslama, Hadj Khélil, Lhoucine Ladjissi, Nourrédine Saadi.

Bilan de ce qui a été entrepris depuis notre réunion du 11 mars :
-  Affichage de la version en arabe du Manifeste sur les sites Elaph et Rezgar (grâce à un relais en Tunisie), avec collecte de signatures ;
-  Parution de très larges extraits du Manifeste dans Libération (Maroc), avec, malheureusement, suppression du paragraphe sur l’homophobie. Réaffirmation que, désormais, dans toutes nos interventions, le triptyque (" Contre la misogynie, l’homophobie et l’antisémitisme ", c’est-à-dire, affirmativement, " égalité des sexes, réappropriation de son corps, reconnaissance de l’autre ") ne peut être dissocié ; un article est prévu dans ce journal sur l’écho recueilli en France par la diffusion du Manifeste ;
-  Contacts avec Ahdat el-maghribia (Maroc) et Al-Khabar (Algérie) ; proposition d’Il Manifesto pour une enquête sur la genèse de notre mouvement (rencontre lundi prochain), de L’Express pour une tribune libre, et projet d’un article dans Le Point ;
-  Diffusion du Manifeste dans des réseaux associatifs, notamment ATTAC, dont certains militants ont donné leur accord avec les idées soulevées par le Manifeste et notre démarche ; Rencontres amicales avec " La Paix Maintenant " et " Une autre voie juive " ; demandes de rencontre avec nous provenant de personnalités du monde associatif et politique, et d’interventions " sur le terrain ".

Il est proposé que toutes nos interventions " sur le terrain ", nos projets de rencontres et de débats, nos cercles de réflexion, etc., soient, impérativement, liés à la collecte de signatures (" Pour être visible, il faut se compter "), étape primordiale pour poursuivre notre travail, et chaque signataire doit participer à cette collecte.

D’un commun accord, il est précisé que, tant que nous restons fidèles aux idées soulevées par le Manifeste, que l’indépendance de notre mouvement est préservée, et que la pluralité et la liberté de nos propos sont assurées, toute occasion doit être saisie pour que chacun des signataires puisse faire le même travail de diffusion, d’information, d’explication, de rencontres, de fondation de cercles : cela ne nécessite pas des positions de prudence, ou de concertation préalable entre nous.

Au cours de nos échanges, les questions soulevées ont tourné autour des objectifs du Manifeste tels qu’ils avaient été définis lors de notre dernière réunion (11 mars 2004), à savoir :

Approfondir la réflexion entre nous ;
-  Mobiliser autour de nous (y compris dans les pays d’origine) ;
-  Constituer une liste des " Amis du Manifeste " (qui ne sont pas " culture musulmane ").

Approfondir la réflexion entre nous

Avant tout, le " nous " pose problème : dans un manifeste essentiellement conçu pour échapper à une " communauté " fictive (le " musulman " n’existe pas), qui est imposée à la fois par le débat politique, l’opinion publique, le racisme ambiant, et le déficit intellectuel sur cette question tant des pays d’accueil que des pays d’origine ­ et qui nous enferme ­, nous sommes, " tactiquement ", obligés de reproduire cet enfermement (" Nous, femmes et hommes de culture musulmane ") pour nous en défaire.

Sommes-nous des " musulmans laïques " ? Là aussi, le bats blesse : la notion de " laïcité " est difficile pour les personnes qui vivent dans un " monde musulman ", et nous devons éviter d’être instrumentalisés, voire brandis, comme des drapeaux contre les " filles à foulards ".

Il s’agit en fait, à partir d’un regroupement " tactique ", de viser à une circulation d’idées et à un universalisme. Si nous ne savons pas ­ et sommes déterminés à ne pas savoir ­ qui nous sommes, nous revendiquons cette parole libre qui nous permet d’agir ensemble.

Aussi, il est proposé de créer des commissions de travail en vue de la préparation d’un colloque (qui pourrait éventuellement se dérouler dans le cadre de la " commission sur la tolérance ", nouvellement créée par le ministère de la culture et confiée à la Cité des sciences). La question de savoir comment ces commissions seraient organisées est restée en débat : trois commissions autour de chacun des thèmes du Manifeste (misogynie, homophobie et antisémitisme), et une quatrième réfléchissant à l’articulation de ces trois thèmes, ou bien des commissions organisées autour des textes produits par les signataires ?

En effet, il a été proposé également de demander, dès maintenant, aux signataires du Manifeste de produire des textes expliquant pourquoi ils l’avaient signé. Cette production est déjà engagée par certains d’entre nous.

Mobiliser autour de nous

Mobiliser qui ? Une " élite d’intellectuels ", ou la " masse " ? Des points de vue contradictoires (de " Nous n’avons pas besoin que la ³masse² nous suive, nous avons aussi nos intellectuels " à " La ³masse² est misogyne, homophobe et antisémite ", en passant par " Il faut libérer la parole d’une ³majorité silencieuse², et travailler sur le terrain ") s’est dégagée une position qui a fait l’unanimité : il faut privilégier le débat intellectuel, mais la thématique de la " majorité silencieuse " est importante, parce que cette majorité est essentiellement plurielle, et que c’est précisément une minorité intellectuelle active qui peut faire apparaître cette pluralité au grand jour, et nourrir le travail de terrain (les lycées et les collèges sont en grande demande).

Il est très important d’étendre notre point de vue parmi les populations concernées, notamment dans les pays d’origine où se nourrissent les intégrismes. Sont déjà en gestation des cercles au Maroc, en Tunisie et en Algérie autour des questions soulevées par le Manifeste, et des publications du texte dans les journaux.

Mobiliser comment ?

La création d’un site Internet est indispensable, et déjà bien avancée (sans doute sera-t-il opérationnel la semaine prochaine). On y aurait le Manifeste en plusieurs langues : sont déjà disponibles les traductions en arabe, anglais, italien, espagnol, catalan ; en route, celles en persan et allemand ; en prévision, celles en turc, kurde et hébreu. On pourrait avoir une rubrique " Infos ", avec des récits d’actes de misogynie, d’homophobie et d’antisémitisme ; une rubrique " Contributions ", avec quelques grands textes choisis, et de nouveaux textes à faire circuler ; un " Forum ", particulièrement destiné aux jeunes, y compris aux filles voilées, avec des interventions de vedettes qu’ils aiment et auxquelles ils peuvent s’identifier (Zidane, Debouzze, etc.) L’objectif fixé a été celui de recueillir 1 000 signatures dans les quinze jours.

Constituer une liste des " Amis du Manifeste "

Qui fait-on signer ? Quels sont nos critères pour les signatures politiques ? Quel type de soutien leur demandons-nous ?

La préférence est évidemment donnée aux amis qui ont travaillé sur les " pays d’islam ", et que nous connaissons bien par nos lectures. Ils seront invités à participer à nos travaux et à intervenir.

Le seul critère que nous puissions avoir pour les signatures associatives et politiques, de personnalités, est l’exigence que soit respectée ce que nous pouvons appeler le " socle " du Manifeste : à savoir la mise en relation intime des trois termes de " misogynie ", d’" homophobie " et d’" antisémitisme ".

D’autre part, l’attention est attirée sur le danger d’un soutien qui ferait éclater le mouvement prématurément, dans la mesure où les propositions extérieures sont nombreuses et vont parfois plus vite que notre réflexion.

Il a été décidé d’adjoindre au Manifeste la liste de ses " Amis ", une fois que nous aurons fait les démarches nécessaires pour obtenir les grands noms que nous voulons.

PS 1 : les problèmes de logistique n’ont pas été évoqués, mais il est prévu d’ouvrir un compte en banque au nom du Manifeste, et d’envisager son alimentation.

PS 2 : Nous vous informerons sur une pétition lancée par les amis de Sari Nusseibeh et de Yasser Abd Rabbo, cosignataire de l’initiative de paix de Genève (cf. le Monde, page 3, en date du samedi 27 mars).