"De même que l'Europe n'est pas la seule affaire des Européens, l'Islam n'est pas la chose exclusive des musulmans".

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Lettre ouverte à M. Dominique Baudis, président du CSA

par A.M.L
Association du Manifeste des Libertés

Monsieur le Président,

Grâce à l’éditorial de Philippe Val publié dans "Charlie Hebdo" daté du 2 novembre 2005, nous avons appris que Thierry Ardisson avait eu l’excellente idée d’inviter, en même temps, à son émission "Tout le monde en parle" (diffusée sur France 2, samedi 22 octobre), Salman Rushdie et Sami Naceri, acteur de "Taxi", et connu pour ses positions islamistes : "Sami Naceri, en mimant le geste, a dit à Salman Rushdie que si un imam lui donnait de l’argent pour le tuer, il n’hésiterait pas à lui tirer une balle dans la tête. Salman Rushdie s’est alors levé, a retiré son oreillette, puis il est parti en disant qu’il ne remettrait plus les pieds dans une émission de télévision française."
La séquence a été coupée au montage, et aucun débat n’a eu lieu.
Pour notre part, nous sommes profondément choqués par cet événement, qui a ceci de remarquable qu’il montre la collusion entre le populisme du concepteur de l’émission (on se lâche et on nettoie au montage, on est populiste mais c’est pour la "bonne cause", et dans la grosse rigolade du samedi soir) et son irresponsabilité : Naceri est un acteur populaire auquel s’identifie volontiers la jeunesse, et qui, en se jouant de ce qui a été contre Rushdie un appel au meurtre, montre le peu de cas qu’il fait des incitations à la haine et de la suppression des libertés. Derrière le schéma médiatique des opinions contradictoires, des duels croustillants, et des jeux sans conséquences, s’organise de fait une banalisation de la violence. Salman Rushdie ne s’y est pas trompé.
Ainsi, la télévision française fait taire une des voix les plus libres et les plus aiguës, soutenue par nombre d’intellectuels et de citoyens d’Europe et du monde musulman, et qui est porteuse pour nous de beaucoup d’espoir. Nous vous demandons quelle suite vous comptez donner à cette affaire qui nous engage, puisqu’il s’agit du service public que nous finançons collectivement.
Veuillez agréer, Monsieur le président, nos meilleures salutations.

Association du Manifeste des libertés.
Paris, le 6 novembre 2005.

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