"De même que l'Europe n'est pas la seule affaire des Européens, l'Islam n'est pas la chose exclusive des musulmans".

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Violences urbaines ou désespoir, révolution ou autodestruction ?

par Sérénade Chafik

Témoignage d’une conseillère en centre de planification à Aulnay-sous-Bois, quartier nord (" Les 3000 ")

Jeudi 3 novembre, à 8h30, le bus nous signifie qu’il ne poursuit pas sa route : le quartier des " 3000 " est en " état de guerre civile " !
Je descends et me dirige à mon poste de travail, en plein milieu du quartier des " 3000 ". Images de désolation : l’asphalte est encore fumant, des carcasses de voitures brûlées, des grands panneaux de plastique fondus. Des voitures brûlées, mais pas des voitures de riches ! Des employés municipaux tentent vainement d’effacer les traces de la nuit.
Une nuit de feu, mais le feu n’est -il pas symbole de purification ?
Bouleversée, j’atterris à la PMI et découvre des collègues hurlant et criant : " On ne peut pas continuer à leur trouver des excuses ! ". L’une crie plus fort que les autres : " Moi aussi, je suis fille d’immigrés ; mon père, lui aussi, a connu le chômage, ce n’est pas pour autant que je suis devenue délinquante. " Je tente de parler, pour expliquer que cette expression de colère est légitime même si la logique n’est pas au rendez-vous ! On me répond : " Toi, ça va ! t’es toujours à être de leur coté ! " Oui, je me sens proche de ces jeunes, même si...
Depuis mon arrivée, à Aulnay, le 1er avril, ce que j’ai vu lors de mes entretiens avec les femmes, c’est cette grande misère. En 450 entretiens, je n’ai reçu que 10 femmes qui travaillent, et, n’allez pas croire qu’elles ont un CDI ! Non, ce sont des petites missions d’intérim de quelques jours, c’est du travail de ménage à Roissy où les femmes subissent le harcèlement sexuel...
Et tout ce lot de femmes et d’hommes sans papiers !
Les jeunes, pour une grande partie, sont déscolarisés dès 13-14 ans. On les exclue et on ne leur offre plus rien. Aucune alternative ! Quand ils sont encore à l’école, ils ne savent plus pourquoi faire.
Dans les " 3000 ", on va détruire 14 tours HLM, tous les habitants ne seront plus logés !
Dans les " 3000 ", une femme d’origine africaine vit à l’hôtel avec ses 5 enfants, elle n’a ni cuisinière, ni frigo, et dois consacrer tout son maigre revenu à la nourriture dans les macdo et compagnie. Elle laisse ses enfants trois fois par semaine pour une dialyse et on risque de les lui retirer. Cette femme n’aura pas de logement, toutes nos tentatives ont échoué !
Dans les " 3000 ", les filles n’ont pas le droit de sortir, elles sont contrôlées par leur frères, leurs cousins, leurs voisins et, le comble de tout, par de parfaits inconnus pour elles : les barbus !
Dans les " 3000 ", les jeunes subissent un réel harcèlement policier avec des contrôles abusifs d’identité. Leur délit : être noir ou arabe !
Dans les " 3000 ", sur le marché, entre les tomates et les dattes, on rencontre des barbus qui vendent des tickets à 5 euros pour une mosquée sur terre et le paradis dans l’au-delà. Ils sont omniprésents, ni les partis, ni les associations progressistes ne sont là pour offrir une alternative.
A Aulnay, on exige des justificatifs de recherche d’emploi des parents qui ont besoin d’une aide au maintien à la cantine.
Au " 3000 ", les filles sont enceintes à 14 ans et mère 9 mois plus tard.
Au " 3000 ", les femmes battues restent avec leur agresseurs, faute de logement.
Au " 3000 ", il fallait que ça pète, mais les jeunes ne revendiquent rien ; ils sont blessés, on les a traités de " racailles ", et on a tiré sur leur mosquée, personne ne s’est excusé !
Au " 3000 ", ces jeunes brûlent la voiture du voisin, qui trime pour payer un crédit sur 60 mois, il continuera à payer ce qu’il n’a plus.
Au " 3000 ", on ne s’attaque pas au 16e arrondissement ni aux quartiers riches, on s’autodétruit par désespoir !