"De même que l'Europe n'est pas la seule affaire des Européens, l'Islam n'est pas la chose exclusive des musulmans".

Accueil du site - Imprimer

29 avril 2004

Présents : Nadia Amiri, Hocine Ladjissi, Nadia El Fani, Catherine Simon, Nourredine Saadi, Nadia Tazi, Tewfik Allal, Nabile Farès, Farouk Mansouri, Karim Messaoudi, Cécile Colladent, Saïd Bouaïssi, Fatima Lalem, Chahla Beski-Chafiq, Michèle Sinapi, Taos Ait Si Slimane, Nasséra Si Mohammed, Sophie Bessis, Brigitte Allal.

Bilan rapide fait par TA : 4 à 5 signatures par jour, parution d¹un article sur nous dans Al-Hayat (Londres), et dans l¹hebdomadaire marocain Tel Quel. Relais du Manifeste à New-York. Persistance dans les discussions par mails et téléphones de la question israélo-palestinienne, compte tenu de l¹actualité de ces deux dernières semaines.

KM : Cette question demeure : toute dénonciation de la politique israélienne est assimilée à une dérive antisémite, et il n¹est pas possible, au nom de notre lutte contre l¹antisémitisme, d¹abandonner la question de l¹injustice faite au peuple palestinien.

SB : C¹est un débat piégé, qu¹il faut décrypter avant d¹apporter des réponses. Il faudrait lister les pièges (sionisme, antisémitisme, etc.) de façon à voir quels types de réponse apporter.

HL : En tant que citoyen lambda, j¹ai cru comprendre qu¹il y avait avec le Manifeste une porte qui s¹entrouvre et qui concerne la majorité silencieuse. Enfin il y a des gens, me suis-je dit, qui peuvent apporter une réponse à la question du foulard. Questions : le Manifeste est-il né à l¹occasion de ce débat ? Si c¹est le cas, à qui s¹adresser ? Pourquoi agissons-nous ? A l¹intention de quelle zone géographique ? On a vu la République se débattre avec les extrémistes, devoir s¹expliquer avec eux. Avons-nous vocation à aller au-delà des frontières de la France ? Il faut commencer par rassurer les gens de ce pays, et notamment les gens de culture musulmane.

NT : Il faut absolument prendre une distance par rapport aux conflits locaux, et se garder des pièges. Nous avons, modestement, un travail à faire, non en termes réactifs seulement, mais de façon positive, sur ce qu¹est la démocratie, ce que sont les libertés, à savoir sur les fondements du manifeste. Il y a là à inventer une autre façon de penser le politique. Et il y a urgence, parce que l¹islam est au centre du monde entier actuellement (cf. les mails effrayants venant des Etats-Unis).

CBC : Que certains puissent lancer des débats sur des aspects spécifiques, c¹est OK, et il y a le site pour cela. Mais les principes doivent rester généralistes, pour éviter que le Manifeste ne soit instrumentalisé. J¹ai signé ce manifeste pour que les problématisations dépassent le local, et il faut garder au Manifeste son potentiel de réflexion. Il y a nécessité à problématiser la question de l¹islam politique qui, pour moi, est un nouveau fascisme ; l¹aspect local n¹est jamais que l¹idéologisation d¹une religion, et la laïcité vivante est le lieu où sont posés au centre les questions des rapports entre les sexes, de l¹homophobie et de l¹antisémitisme. Il faut donc nous structurer : créer des commissions, qui seraient plutôt des pôles de réflexion, pour que les débats soient approfondis et qu¹ils puissent revenir après en plénière. Qu¹en est-il du projet envisagé de créer une association ? Et comment organisons-nous la réunion de juin ?

KM : Je suis partagé : faut-il s¹organiser ou pas ? Créer une organisation de plus ? Faut-il rester au centre de Paris ou aller au-delà à Marseille ou Tourcoing ? Créer des groupes de réflexion, faire tache d¹huile et dire à la société française que la parole a été confisquée par une minorité et qu¹il y a une majorité silencieuse qui ne vient pas à expression

TA : Je souscris à l¹idée de commissions, mais il faudrait qu¹elles soient ouvertes aux gens qui ne sont pas étiquetés de " culture musulmane " Il y a des amis qui veulent discuter avec nous, comme Balibar, Vernant. Les pôles pourraient être :
-  Les fondements démocratiques, l¹idée de liberté. Pourquoi l¹homosexualité, par exemple, en fait-elle partie ?
-  Intégration et mémoire maghrébine (il y a une demande chez les jeunes) : pour nous, le Maghreb, les relations France-Maghreb, ce n¹est pas une nostalgie, c¹est au contraire une question d¹avant-garde
-  Un autre thème d¹actualité qui nous concerne, c¹est la question Israël/Palestine, en s¹appuyant par exemple sur l¹initiative de paix de Genève
-  Enfin il y a la question de la violence, des violences. FL : J¹aimerais me positionner, et j¹ai deux soucis : il y a une plate-forme et un canevas ; il faut les nourrir, leur donner vie. D¹autre part, il me semble risqué de séparer les questions, il faut garder une certaine cohérence dans la transversalité. Les trois perversions que nous dénonçons sont des facettes d¹un même mal : OK pour des commissions, mais à condition qu¹elles maintiennent toutes le lien entre les trois questions.

SB : Le caractère extraordinairement novateur du Manifeste, c¹est sa transversalité. Ceci est à la fois une opportunité et un danger pour la poursuite de la démarche : comment ne pas se perdre dans les débats classiques, ne pas se noyer dans les problèmes du Moyen-Orient, qui représentent une demande très forte, mais très dangereuse parce qu¹elle ferme la réflexion, et, en même temps, comment ne pas perdre le fil ? Il faut donner à lire notre diversité. Il peut y avoir des commissions, en aparté, et il faut nourrir les listes.

NT : Il faut surtout éviter de retomber dans les vieux plis, et parler des libertés, de l¹homosexualité.

HL : C¹est la première fois de ma vie que je peux parler de mon homosexualité avec des femmes et des hommes de ma " culture ".

TASS : Il faut donner à voir, à lire, notre diversité. Je crains que les commissions ne séparent, ne figent. Il faut dire pourquoi nous avons signé ce texte, et le dire face à un public : qui est prêt à aller parler face à un public, qui le souhaite ?

TA : En plus des pôles, il y aura des invitations, des rencontres : Balibar, Vernant, Roudinesco sont demandeurs.

NA : Je voudrais rester sur le terrain de la France. Il y a dans la tranche d¹âge des 15-35 ans des gens qui se retrouvent dans ce qu¹on pourrait appeler " l¹esprit du Manifeste ", qui sont déjà dans la modernité. Chacun des signataires participe à divers groupes : ils peuvent transmettre cet esprit sans structure organisée. Il faut aussi se poser des questions comme celle de l¹Europe où certains entendent introduire la religion dans les textes fondateurs : certains articles dans la Constitution européenne pourraient être utilisés par les intégristes.

CBC : la structuration peut faire peur : chaque fois qu¹on essaie de s¹organiser, il y a des difficultés. Mais cela peut être dépassé : il faut concevoir les commissions comme des pôles de réflexion et non des organes, et garder une certaine souplesse. D¹accord pour la transversalité, mais il faut constituer des dossiers. Je suis là pour apprendre des autres : certaines réflexions se rejoignent, comme par exemple racisme et sexisme, problématique du genre et problématique de l¹homosexualité. Il n¹y a pas de contradiction entre la création de pôles de réflexion et la transversalité. J¹insiste sur le côté concret : les coordinateurs ont besoin de moyens : comment les trouver ? Est-ce qu¹on peut ouvrir un sous-compte pour le Manifeste dans des structures existantes pour demander des financements ?

NS : le grand intérêt du Manifeste, c¹est sa radicalité. Il ne s¹agit pas de répondre forcément aux demandes car alors, forcément, la radicalité sera perdue. Rentrer dans des positionnements, c¹est relativiser, c¹est être réactif, et tôt ou tard c¹est susciter des scissions. Il n¹est pas nécessaire de s¹organiser. Pour ma part, je ne suis pas partisan de ces structures, sauf pour ouvrir un compte. L¹intérêt, ce n¹est pas non plus de créer un cercle d¹études : ceci, on peut le faire ailleurs. Il faut se poser la question des rapports théorie/pratique, pensée/action : quelles formes d¹action trouver pour travailler cette radicalité du Manifeste ? Un site ? Une revue ? Chacun peut aller débattre sans parler au nom du Manifeste, mais en gardant en vue les paradigmes communs qui s¹y trouvent. NB : Comment créer un événement ? La parole est ouverte, et on voit déjà dans la liste un certain nombre d¹idées. Les personnes qui ont signé ne sont pas en demande, elles sont intéressées. Il s¹agit d¹organiser une sorte de rencontre-événement qui prendrait en charge l¹accueil des signataires, et il peut se passer quelque chose à l¹occasion de cette rencontre. On jugera après : il ne faut pas trop anticiper. D¹autre part, il faut peut-être s¹entendre sur ce qu¹on entend par laïcité vivante, car il y a le problème des religions qu¹on ne peut pas gommer. Il faut envisager une ouverture pour cette rencontre.

BA : Pour reprendre ce que propose Nabile, c¹est donc préparer cette rencontre de juin : choisir un thème pour l¹ouverture ? prendre le thème de la laïcité vivante ?

TA : Textes en figures libres ou imposées, pour prendre la métaphore du patinage artistique ? Ce qui frappe les gens, c¹est la liaison entre les trois thèmes.

SB : C¹est un texte total, il faut donc travailler sur la totalité.

DB : Pour la prochaine rencontre, il serait bon d¹avoir la modestie de reconnaître que nous n¹avons pas de stratégie nette, que nous sommes dans un processus qui commence, que nous nous interrogeons. Il faudrait constituer deux groupes : un groupe de réflexion qui traiterait des questions théoriques, ferait des propositions : thèmes, cadresŠ Et un groupe chargé de l¹organisation : le nombre de signatures, la diffusion du Manifeste. Cela peut s¹effilocher, il s¹agit d¹être crédible, efficace et attractif.

TA : il y a déjà des textes " Pourquoi j¹ai signé " qui sont arrivés. Il faut continuer. Après un travail d¹édition, les textes peuvent figurer sur le site. Il faut une structure légère, technique et éditoriale, autour du site.

TASS : Pour cette rencontre de juin, je ne vois pas pourquoi on parle de " Thèmes de référence ". Il y a simplement " Pourquoi j¹ai signé ". Mais il faut savoir qui va intervenir.

CBC : Le principe pour choisir les intervenants, c¹est la pluralité ; il faut une grande variété : origine, sexe, générations, horizons culturels et intellectuels. Le temps de parole serait de combien ? de 7 minutes ? il faudrait une dimension festive : des musiciens, etc.

NB : C¹est l¹occasion pour que signataires et amis de se rencontrer.

TASS : A-t-on la salle ?

TA : Accord de principe pour le théâtre de la rue des Amandiers, dans le XXe  ; pour la Colline, on négocie.

NEF : J¹ai vu dans le manifeste un texte qui s¹adresse aux gens qui vivent dans les pays musulmans, mais qui dit aussi aux autres : " Regardez-nous autrement, on n¹est pas tous fermés à la modernité. " J¹ai quitté la Tunisie, parce que c¹est un pays dictatorial. Il y aurait beaucoup à dire sur l¹hypocrisie dans les pays arabes : l¹homosexualité est évidente, et elle est taboue, etc. La question des libertés y est très importante. Maintenant, pourquoi faire cette rencontre en juin ? Vous risquez la catastrophe : pas de médiatisation, pas de presse, les étudiants passent leurs examens, c¹est les vacances, etc.

S¹ensuit un débat sur la date de juin, des hésitations, mais finalement prévaut le maintien de cette échéance comme élément important de la visibilité du manifeste, de sa dynamique, et l¹idée que cela peut marcher (jamais le manifeste n¹aurait été lancé, si nous avions eu de telles peurs). Pour préparer la rencontre de juin, nous créons un sous-groupe (composé de Nabile Farès, Nadia Tazi, Tewfik Allal, Taous Ait Si Slimane, Michelle Sinapi, Brigitte Allal) qui se réunira le vendredi 7 mai à 20 heures.

Prochaine réunion : vendredi 14 mai, 19 heures 30.