"De même que l'Europe n'est pas la seule affaire des Européens, l'Islam n'est pas la chose exclusive des musulmans".

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Le siècle des Lumières et le tiers-mondisme

Dossier - Raison et passions du combat féministe

par Wassyla Tamzali
Avocate à Alger, ex-directrice du droit des femmes à l’Unesco

Algérie, Tunisie, Maroc, tout les habitants seraient égaux devant la loi.Cette égalité déclarée correspond bien à ce que nous voyons dans la quotidienneté, et ce n’est pas faire montre d’un excès d’optimisme ou de « féminisme d’Etat » que de dire que, dans les trois pays, les femmes sont présentes dans l’espace public.

Elle se sont dans des proportions et à des niveaux de responsabilité qui dessinent certes une pyramide, mais comme dans les autres régions du monde, même si cette pyramide est plus marquée, même si le plafond invisible est plus bas ici qu’ailleurs. La construction d’une égalité de genre avance cahin-caha, mais avance.

La situation des femmes du Maghreb est la conséquence d’un système généralisé, le patriarcat, qui se retrouve vivace sur l’ensemble de la planète, à des degrés différents. Notre infériorisation n’est pas naturelle, ahistorique et immanente. De plus en plus, la société accepte de reconnaître aux femmes des vertus prétendues masculines : le sens de l’organisation, la science, le savoir, etc. L’égalité des genres avance cahin-caha au rythme de chaque société. D’un pays à l’autre du Maghreb, on sent le poids de l’histoire particulière à chaque pays. Ainsi s’explique la situation exceptionnelle de la Tunisie qui, certes, doit, sans conteste, être rattachée à la personnalité d’un homme comme Habib Bourguiba, mais qui est lui-même le produit d’une histoire et d’un pays. Le père de l’indépendance tunisienne affirma fortement son appartenance au siècle des Lumières européen. Il était d’un temps où les élites colonisées occidentalisées reconnaissaient la supériorité de la civilisation occidentale, et pour lui comme pour Tahar Haddad, pour les Jeunes-Turcs, Atatürk, le père du dernier Shah d’Iran, le chemin pour atteindre cette civilisation passait par la transformation de leur société et celle-ci par celle de la situation des femmes. Le tiers-mondisme et les luttes anticolonialistes ont discrédité cette opinion ; la civilisation occidentale a été rejetée en bloc. La guerre d’Algérie a été le creuset douloureux de cette scission. Les damnés de la terre ont rejeté le monde occidental, le bon et le mauvais.
Habib Bourguiba était d’un autre temps, et il promulgua en 1956 un code de statut personnel qui est sa grande œuvre. Son rôle fut déterminant, mais ajoutons qu’il fut conforté dans cet acte « révolutionnaire » par un environnement social prêt à le recevoir, et sur lequel la bourgeoisie urbaine tunisoise gardait la haute main. Rien de semblable en Algérie où la longue lutte de libération délégitimera les élites occidentalisées et nationalistes au profit d’une idéologie populiste et religieuse qui, dès le départ, prendra la tête du peuple algérien, et sera un instrument efficace pour l’installation à long terme d’un pouvoir antidémocratique.

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