"De même que l'Europe n'est pas la seule affaire des Européens, l'Islam n'est pas la chose exclusive des musulmans".

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Elles sont aussi œnologues...

Dossier - Raison et passions du combat féministe

par Wassyla Tamzali
Avocate à Alger, ex-directrice du droit des femmes à l’Unesco

Dans la famille, les femmes maghrébines exercent souvent des pouvoirs, sinon des responsabilités qui dépassent les droits que leur donnent les lois. Dans deux pays au moins, l’Algérie et le Maroc, on peut parler d’une pratique sociale qui est bien en avance sur les lois. Et, dans les trois pays, les femmes ont un rôle qui est en décalage avec les diktats religieux et moraux qui pèsent sur leurs sociétés et tentent de contrôler leurs comportements sexuels, sociaux, et jusqu’à leur intelligence.

Il est en effet surprenant de comparer les analyses de la situation des femmes se basant sur les lois, sur les discours dominants, et la place réelle des femmes dans la cité, à la campagne, dans la famille. Il ne s’agit pas seulement d’une place acquise par le travail invisible, et l’accumulation des charges tant économique qu’éducationnelles, mais d’une présence visible, d’une capacité d’entreprendre, d’une place déterminante dans l’enseignement, la santé, la science, à tous les niveaux, recherche, application, etc. Et en politique également, si on retient comme politique ce qui définit les forces de changement en cours dans un pays, et si l’on sort des Parlements et de tous les appareils qui sont les lieux de stratégie de pouvoirs plutôt que ceux du politique. Ainsi, il est une opinion courante en Algérie, exprimée par les citoyens mais également par les hommes politiques : ce sont les femmes qui ont sauvé le pays de l’islamisme, ce sont les femmes qui sortiront le pays de cette longue période de crise et d’immobilisme dans laquelle l’Algérie est plongée depuis la fin de la guerre civile.

Les femmes sont présentes, et tous les citoyens de ces pays peuvent le voir, l’expérimenter ; les femmes pensent, enseignent, soignent. Tous les hommes algériens, marocains, tunisiens dans leur vie croisent des femmes qui leur sont supérieures, et même s’ils oublient ce qu’ils doivent à leurs mères, à leurs sœurs, ils ne peuvent ignorer que ce sont des femmes qui les soignent, qui gèrent leur argent à la banque, qui construisent leurs maisons, qui instruisent leurs enfants, etc. Savent-ils aussi qu’en Algérie, des femmes participent au développement de l’industrie du vin, comme œnologues, chefs de chais... Faut-il le dire dans ce pays où tout le monde se voile la face devant la réalité ?
La dernière preuve de la place incontournable des femmes maghrébines est leur présence forte sur la scène internationale et dans le mouvement international des femmes. Enfin, s’il fallait une ultime attestation de « leur évolution », rappelons que, comme les Italiennes, comme les Espagnoles des années 1980, et pour les mêmes raisons sans doute, les femmes maghrébines ne font plus d’enfants, peu d’enfants, au point que les démographes parlent aujourd’hui d’un effondrement de la natalité pour nos pays.

Nous sommes, il faut bien le dire, en pleine situation schizophrénique. Et les effets de cette pathologie ne sont pas des moindres. Car quand nous, les femmes dites musulmanes, osons parler d’égalité avec les hommes, nous provoquons un véritable tohu-bohu à l’intérieur de nos pays et sur le plan international, planétaire. Faut-il croire encore aux paroles de Bonaparte qui dit à ses soldats sur le chemin de l’Egypte : « Les peuples chez lesquels nous allons traitent les femmes différemment de nous » ? (paroles citées par Mansour Fahmy).

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