"De même que l'Europe n'est pas la seule affaire des Européens, l'Islam n'est pas la chose exclusive des musulmans".

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« J’ai soulevé le bas de la tente... »

Dossier - Raison et passions du combat féministe

par Wassyla Tamzali
Avocate à Alger, ex-directrice du droit des femmes à l’Unesco

De la profusion de textes, d’anecdotes, de traductions qui changent le sens d’une phrase, est née une suite sans fin d’argumentaires et de contre-argumentaires qui contribuent à sacraliser la tradition. Une situation qui pourrait faire sourire si les conséquences n’en étaient pas si graves.

Comme les docteurs de la Loi discutant pour savoir quel était le sexe des anges dans Constantinople assiégée, nous discutons des paroles, faits et gestes du Prophète alors que la cohorte de femmes battues, chassées, d’enfants livrés à la rue, alors que la prostitution, la misère des femmes, se pressent aux portes de nos villes et envahissent les campagnes. D’un camp à l’autre, on se lance les récits rapportés par de savants et antiques chroniqueurs qui mettent en scène le Prophète pour découvrir à travers tel événement les droits des femmes ou les interdits qui pèsent sur elles. Comme les récits d’un sieur Derbouki qu’on oppose à ceux d’un sieur Ibn Jarir pour apporter la preuve de la capacité des femmes à divorcer en payant le mari : « Ibn Jarir rapporte qu’il a demandé à Ikrima si al Khol (c’est-à-dire la faculté pour la femme mariée de racheter sa liberté) a une origine ? Celui-ci répond : « Le premier cas de Khol en islam concerne la sœur de Abdallah Ben Oudaï. Celle ci est venue voir le prophète, et lui a dit : « Messager de Dieu, rien ne m’unira à lui pour la vie ; J’ai soulevé le bas de la tente, je l’ai vu venir avec un groupe de gens et je constate qu’il est le plus noir de couleur, le plus petit de taille et le plus moche de visage. L’époux dit au Prophète : Messager de Dieu, je lui ai donné tout ce que j‘ai de mieux, mon jardin, me le rend-elle ? » Le Prophète interrogea la femme, « Que dis-tu ? » « Oui, s’il le veut, je lui donne même plus que le jardin. » Le Prophète les sépara.  » Les femmes ont ainsi le droit de divorcer en rachetant leur liberté.

Voilà sur quoi glosent à longueur de siècles ceux qui sont chargés de légiférer. Aujourd’hui encore, à l’orée du IIIe millénaire ! Il ne sert à rien d’argumenter, de trouver la faille, le mot juste, les intentions du Prophète, car la volonté de domination des hommes est ailleurs, et elle ne changera pas avec ou contre les dires et faits du Prophète. Il est trop tard aujourd’hui, le message coranique n’a pas joué son rôle historique, il n’a pas transformé la conscience du converti. Et notre temps, s’il utilise la religion, le fait pour prendre le pouvoir sur la cité et non plus sur les consciences ; c’est en tout cas ce que nous ont appris les islamistes en Algérie.

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