
par Wassyla Tamzali
Avocate à Alger, ex-directrice du droit des femmes à l’Unesco
Aujourd’hui, ce principe survit dans toute sa puissance dans notre région, et résiste à tous nos efforts, contre toutes raisons. Le principe de la masculinité régit sans contraintes nos sociétés, jusqu’au cœur de nos métropoles modernisées où les femmes ont pris leur place et continuent de progresser. Et c’est une lutte féroce qui est engagée pour conserver tous les symboles de cette domination, et le plus sacré, la polygamie, si emblématique de la morale sexuelle des hommes musulmans. Un privilège qui était peu pratiqué, mais qui est dorénavant en hausse et qui atteint, en Algérie du moins, un chiffre qui le fait passer du statut de symbole humiliant à celui de pratique inique. Les dernières statistiques algériennes montrent qu’il y a maintenant 5,95 % de mariages polygames. Ces chiffres sont ceux donnés par le gouvernement algérien au CEDAW en janvier 2005. Une bonne leçon de morale pour ceux et celles qui, dans les années 1960, où disait-on il n’y avait pas plus de 1 % à 2 % de mariages polygames, essayaient de nous démobiliser en raison du caractère résiduel et insignifiant de la polygamie.
Les réformes algériennes de 2005, et marocaines de 2004, essayent bien de restreindre les effets discriminants de ce droit des hommes, mais sa limitation n’amoindrit pas la blessure symbolique qu’elle inflige à la dignité des femmes. Seul le président Bourguiba a mesuré le poids qu’une telle pratique exerce sur les rapports sociaux. Le vieil homme, qui était retenu prisonnier par le président actuel de la Tunisie, avait été autorisé à sortir pour aller voter, nous avions pu le voir, filmé par une télévision française, et les seuls mots qu’il ait dit au journaliste avaient été : « Une seule femme, rappelez-vous une seule femme ! », stigmatisant encore une fois ce qui est le cœur de la morale sexuelle arabo-islamique. L’héritage est l’autre apanage de cette seigneurie, et sur ce point les trois pays sont à la même enseigne et conservent grosso modo la règle d’une part pour le garçon et d’une demi-part pour les filles. La Tunisie, là encore, est en avance puisqu’elle écarte les oncles et cousins de l’héritage du père quand il n’y a que des filles ; en Algérie et au Maroc, non.