"De même que l'Europe n'est pas la seule affaire des Européens, l'Islam n'est pas la chose exclusive des musulmans".

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Les mentalités, le dernier masque de la morale sexuelle

Dossier - Raison et passions du combat féministe

par Wassyla Tamzali
Avocate à Alger, ex-directrice du droit des femmes à l’Unesco

Et nombreux sont ceux qui évoquent ces comportements, ces mentalités, disent-ils, pour expliquer, accepter l’impuissance de la loi, l’immobilisme, disons plutôt la régression des mœurs de nos pays (la polygamie a quadruplé en 30 ans, sans parler du voile qui a envahi les universités, les rues, les cafés).

Cette référence aux mentalités est faite au plus haut degré du pouvoir, pour se défausser de ses promesses électorales. Le président Bouteflika, après avoir promis de mettre la législation algérienne au même niveau que les normes internationales en matière de droits des femmes, ne s’est-il pas plaint de ne pouvoir changer la loi sur la famille, lui qui avait changé la loi des hydrocarbures, dont l’Algérie dépend entièrement ? Le pouvoir marque le pas sur les mentalités. Mais que signifie ce mot ? N’est-il pas un mot-valise où tout le monde met ce qu’il veut bien ? Ce recours « aux mentalités » est si souvent utilisé par ceux que les « mentalités » arrangent qu’il devient suspect. Derrière lui se cache peut-être la réponse qu’attend de nous le Sphinx à la question de l’infériorisation des femmes dans les sociétés dites arabo-islamiques. De toutes évidences c’est un mot clé, un mot « politique » sur lequel nous devons nous arrêter.

Les mentalités nous renvoient à l’identité profonde des hommes et des femmes dits arabo-islamiques que les lois et les stratégies de modernisation n’arriveraient pas à atteindre. Une identité/mentalité qui resterait tapie au sein du rapport de genre qui se met en place dans nos sociétés, et qui surgit comme un diable de sa boîte quand on parle de rapport des sexes. On peut donc en déduire que les mentalités sont étroitement liées au sexe, et à la vieille morale sexuelle. Cette morale sexuelle est si persistante et si déterminante des comportements que nous sommes amenés à penser que l’homme arabe ne semble connaître comme gouvernance sociale, comme règle de conduite, comme politique - art et manière du vivre ensemble - que son pouvoir sur ses femmes. Cela explique d’ailleurs qu’il soit si conciliant avec ceux qui le gouvernent quand ils le confortent dans cette « mentalité ».
Nos dirigeants ont bien compris l’usage qu’ils pouvaient faire de cette mentalité dominante, et quand ils disent qu’ils peuvent commander à tout, sauf aux règles qui régissent le rapport des sexes, c’est qu’ils ne prennent pas le risque de mettre en jeu ce qui les pérennise. Les déclarations du président de la République algérienne (« Je peux changer la loi des hydrocarbures mais je ne peux pas toucher au code de la famille ») est une fausse confidence dont le faux-semblant est renforcé par l’utilisation de la voie régalienne (les réformes de 2005 ont été promulguées par ordonnance). Cela perpétue l’idée fictive d’un pouvoir qui serait plus « moderne » que le peuple.

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