"De même que l'Europe n'est pas la seule affaire des Européens, l'Islam n'est pas la chose exclusive des musulmans".

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L’universalité ? Un objectif en constante construction

Dossier - Raison et passions du combat féministe

par Wassyla Tamzali
Avocate à Alger, ex-directrice du droit des femmes à l’Unesco

Il est amusant de rappeler, dans ce contexte, que les féministes occidentales ont les premières ouvert le feu contre l’universalité, et cela dès le début des années 1970, les années du militantisme radical. De nombreux intellectuels/intellectuelles maghrébins les rejoignent aujourd’hui. Les droits de l’homme, oui... mais. La critique de l’universalité fait l’objet de très nombreux développements depuis une dizaine d’années, ici et ailleurs. Un travail critique qui porte aujourd’hui sur l’ethnocentrisme, comme il a porté hier sur le sexisme des droits de l’homme, sur leur incapacité consubstantielle d’atteindre l’universalisme auquel ils prétendent.

Trop liée à une histoire, à une élite, à une culture, l’universalité des droits de l’homme sécrétée par la culture occidentale ne pourrait contenir la réalité multiple culturelle du monde, comme elle n’a pas su le faire des classes sociales et des femmes. Plus encore, des suspicions et des doutes sont formulés sur la portée morale du mouvement occidental des droits de l’homme, dont fut dénoncé le «  double standard  » illustré par l’histoire des conquêtes impérialistes au XIX° siècle, et au présent par l’épuration ethnique contre les Musulmans de Bosnie-Herzégovine, ceux du Kosovo, le déni des droits légitimes des Palestiniens, etc. Autant d’arguments d’une injustice contre les pays appartenant à l’islam. La critique des droits de l’homme versus Sud puise dans cette double morale sa raison et ses passions, et révèle le poids de l’identité culturelle, ici chrétienne et occidentale, dans les exigences de la conscience européenne. L’accusation qui est faite aux peuples du Sud de rester prisonniers d’un référentiel culturel pour situer leur place et leur rôle dans le concert des nations est retournée : le poids de l’identité culturelle se fait sentir aussi du côté des Européens, jusqu’à la laïcité dont ils font un credo qui pourrait être désigné avec plus de justesse comme une « catho laïcité » disent-ils ! Voilà de bonnes raisons de délégitimer les droits de l’homme et des femmes.

Nous ne sommes pas des clones
Les tenants du pouvoir, ainsi que les courants conservateurs et intégristes s’engouffrent dans ces questionnements et diabolisent les féministes maghrébines en les assimilant à l’Occident ; ils discréditent leurs actions et les coupent de leur base naturelle en incitant les peuples arabes à rejeter les droits de l’homme - et des femmes - comme une invention qui vient de l’Occident, un Occident qui bafoue les Arabes dans leurs droits et leur dignité. Ils nous rendent complices de cette humiliation.
Longtemps, le mouvement des femmes a été taxé de mouvement occidental. Les féministes maghrébines et arabes sont souvent perçues comme des clones de la civilisation occidentale, et par les Occidentaux aussi, ce qui est le comble ! Je reconnais qu’il devient plus facile de se faire entendre au Maghreb qu’en Europe où nos interlocuteurs/rices ne nous voient pas, car ils sont obnubilés par les discours des femmes voilées et de leurs frères prédicateurs, sortis des campus européens, qui réclament une version islamiste des droits de l’homme, et leur universalité !

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