"De même que l'Europe n'est pas la seule affaire des Européens, l'Islam n'est pas la chose exclusive des musulmans".

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L’universalité sur le terrain des luttes des femmes

Dossier - Raison et passions du combat féministe

par Wassyla Tamzali
Avocate à Alger, ex-directrice du droit des femmes à l’Unesco

La discussion est sans fin. Et devant la perspective d’un affrontement hasardeux et stérile entre des universalités fictives, ne faut-il pas mieux se rapporter au terrain des luttes pour les droits des femmes. Ces luttes menées par les femmes et les hommes des pays du Sud dessinent la carte de l’universalité qu’ils atteignent par des voies, des mots, des histoires particulières.

Les revendications des femmes maghrébines, de plus en plus nombreuses et largement représentatives du corps social, doivent être considérées comme une adhésion aux droits fondamentaux. Du même coup, faisant leurs les principes de liberté et d’égalité, en se les appropriant, les femmes apportent la preuve de la pertinence du concept d’universalité, puisqu’elles sont en même temps l’expression de leur culture et qu’elles tendent vers ces droits qui sont issus d’une autre culture mais qui représentent aujourd’hui ce pourquoi elles luttent. Le refus massif des femmes et des hommes en Algérie pendant les années du terrorisme islamique d’obtempérer aux ordres des intégristes religieux sur toute une série d’interdits concernant les femmes et les petites filles, n’est-il pas significatif de la présence au cœur des sociétés d’un ferment d’adhésion aux droits de la personne humaine ?

L’intensité, la persistance, la large représentation sociale des mouvements des droits de l’homme dans les pays arabes, des mouvements pour les droits des femmes, nous permettent de parler d’une « délocalisation » du concept universel des droits de l’homme et de sa re-territorialité dans les pays maghrébins. Ces luttes confortent notre conviction que le principe de l’égalité de tous les êtres humains est un principe rationnel qui appartient à toutes les cultures. Les exigences, les actions, les décisions individuelles et collectives qui se multiplient dans tous les pays arabes tendent vers la reconnaissance, sans le dire ni l’énoncer de cette façon, des droits civils et des libertés publiques tels que reconnus par la communauté internationale. Les choix de vie, les manœuvres pour contourner le Coran et ses discriminations contre les filles dans l’héritage, le refus de voiler leurs filles à l’école, et encore moins de les retirer de l’école, par des hommes et des femmes qui par ailleurs se réclament de leur condition islamique, nous autorisent à dire qu’ils illustrent ce principe de raison qui fonda la Déclaration universelle des droits de l’homme. Ces choix situent très fortement la femme et l’homme des pays du Maghreb au centre d’une construction du monde qui est proche, sinon identique, de celle dont nous parlent les fondateurs du concept de l’universalité des droits de l’homme.

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