"De même que l'Europe n'est pas la seule affaire des Européens, l'Islam n'est pas la chose exclusive des musulmans".

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La violence (réponse à Hani Ramadan)

par Brigitte Allal

Monsieur Hani Ramadan, dans son article paru dans « Tribunes libres » de France-Soir (mardi 3 février 2004), n’est pas à une contradiction près : après avoir bien précisé que le foulard est une « prescription religieuse » - une « injonction divine », dira-t-il plus loin -, il précise que le voile n’est aucunement un « symbole d’appartenance religieuse ». De même, il ne s’arrête pas à la contradiction entre l’injonction divine adressée aux musulmanes, et leur « choix » de porter le voile, qu’il faut respecter ; elles sont « libres » de se soumettre à Dieu, qui parle par la bouche de Hani Ramadan, et aucune loi humaine ne peut s’opposer à la loi divine : « L’être humain n’est réellement libre qu’à partir du moment où il se soumet entièrement à Dieu et à Dieu seul. » On est là en pleine laïcité ! Car ce que Hani Ramadan appelle « la signification profonde de la laïcité » en est en fait la profonde négation.

Quant à la République, « elle se doit d’accompagner toutes celles qui sont contraintes de porter le voile, autant qu’elle se doit de défendre celles qui veulent le porter ». Que veut dire « accompagner » ? Consoler ? Soutenir ? Comme on peut présenter un mouchoir aux femmes battues, ou adoucir par de bonnes paroles les gens réduits en esclavage ?

Non, monsieur Ramadan, la République n’a pas de sens en dehors de la notion d’égalité des droits, ce n’est pas une dame de charité, et vous retardez de quelques siècles. La femme n’est pas une « perle que l’on protège dans un écrin de velours », elle est une personne qui a les mêmes droits que vous ; si vous êtes contre la liberté sexuelle et la multiplication des partenaires, combattez la polygamie, qui est une multiplication institutionnalisée. Votre écrin de velours est un linceul, et nous n’en voulons pas, que nous soyons d’Orient ou d’Occident. Vous sous-entendez que toutes les femmes qui ne portent pas le voile( dont tout le monde sait qu’il ne s’agit pas d’une prescription du Coran) ne sont pas de vraies musulmanes, puisqu’elles n’obeissent pas à Dieu, et ainsi vous les excluez de cette fameuse « communauté » que vous prétendez défendre et qui, si je vous comprend bien, est composée d’une « horde d’hommes aux appétits malsains », aux pulsions irrépressibles, prêts à toutes les « privautés », puisqu’il faut en protéger les femmes.

Mais vous faites pire que de présenter, comme vous dites, une « autre façon de voir les choses ». Vous lancez une fatwa à l’encontre de Nadia Amiri, que vous nommez (juste après avoir comparé la femme libérée à une piéce de cent sous que l’on se passe de mains en mains), et dont vous dites qu’elle est coupable d’apostasie : elle est occidentalisée, ne se soumet pas à Dieu, et « se tourne vers des idoles ». Ce faisant, vous lancez le lynchage, la lapidation, le meurtre. Et ce ne sont pas vos discours prétendument féministes sur la « tyrannie des hommes »( cette expression où l’on retrouve le sinistre taghout des GIA algériens) qui persécute de pauvres femmes voilées, ou prétendument humanistes sur la « laïcité ouverte qui doit tolérer la différence » qui nous masqueront la violence de votre propos.