"De même que l'Europe n'est pas la seule affaire des Européens, l'Islam n'est pas la chose exclusive des musulmans".

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"France-Algérie : dépassons le contentieux historique"
Un appel d’historiens français et algériens

Nous vous invitons à vous joindre à cet appel. Rédigé à l’initiative d’historiens français et algériens, ce texte s’adresse « aux plus hautes autorités de la République française » pour « faire advenir une ère d’échanges et d’amitié entre les deux pays, et au-delà, entre la France et les pays indépendants issus de son ancien empire colonial ». Une version en arabe est également téléchargeable.
Vous pouvez vous y associer en signant la pétition en ligne : http://www.ldh-toulon.org, ou en téléchargeant une version imprimable, à l’intention de vos amis qui ne disposent pas de connection internet ; après l’avoir remplie, ils pourront l’adresser à : LDH Toulon - BP 5170 - 83094 Toulon cedex.

Le passé colonial ne cesse de resurgir, faisant obstacle à des relations apaisées entre la France et les pays qu’elle a autrefois colonisés. Dans ce passé, l’Algérie a une place particulière, en raison des drames qui s’y sont déroulés. Aujourd’hui encore, trop souvent, l’évocation de la guerre d’indépendance algérienne (1954-1962) est soumise à la concurrence des victimes, avec leurs souffrances et leurs mémoires, alors que l’ensemble des citoyennes et citoyens des deux rives de la Méditerranée aspirent à passer à autre chose. Mais pour construire un avenir de partage, il faut, au présent, voir en face le passé.
L’histoire apprend, au premier chef, que le système colonial, en contradiction avec les principes affichés par la République française, a entraîné des massacres de centaines de milliers d’Algériens ; et qu’il les a dépossédés, « clochardisés » - pour reprendre le terme de l’ethnologue Germaine Tillion - à une grande échelle, exclus de la citoyenneté, soumis au code de l’indigénat, et sous-éduqués, au déni des lois en vigueur.
Elle nous apprend aussi qu’il y eut de multiples souffrances de Français, parfois déportés en Algérie pour raisons politiques, ou embrigadés dans les guerres coloniales, ou encore pris dans un système dont ils sont devenus, à son effondrement, les victimes expiatoires - comme l’ont été les harkis, enrôlés dans un guêpier qu’ils ne maîtrisaient pas -, sans compter ceux qui ont soutenu l’indépendance algérienne et qui en ont payé le prix.
Quelles qu’aient été les responsabilités de la société, c’est bien la puissance publique française qui, de 1830 à 1962, sous la Ve République, a conduit les politiques coloniales à l’origine de ces drames. Sans omettre la complexité des phénomènes historiques considérés, c’est bien la France qui a envahi l’Algérie en 1830, puis l’a occupée et dominée, et non l’inverse : c’est bien le principe des conquêtes et des dominations coloniales qui est en cause.
En même temps, nous sommes attentifs aux pièges des nationalismes et autres communautarismes qui instrumentalisent ce passé. Ainsi qu’aux pièges d’une histoire officielle qui utilise les mémoires meurtries à des fins de pouvoir, figeant pour l’éternité la France en puissance coloniale et l’Algérie en pays colonisé. Et c’est précisément pour les déjouer - comme pour déjouer les multiples formes de retour du refoulé - que nous voulons que la souffrance de toutes les victimes soit reconnue, et qu’on se tourne enfin vers l’avenir.
Cela peut être accompli, non par des entreprises mémorielles unilatérales privilégiant une catégorie de victimes, mais par un travail historique rigoureux, conçu notamment en partenariat franco-algérien. Plus fondamentalement, dépasser le contentieux franco-algérien implique une décision politique, qui ne peut relever du terme religieux de « repentance ». Et des « excuses officielles » seraient dérisoires. Nous demandons donc aux plus hautes autorités de la République française de reconnaître publiquement l’implication première et essentielle de la France dans les traumatismes engendrés par la colonisation en Algérie. Une reconnaissance nécessaire pour faire advenir une ère d’échanges et de dialogue entre les deux rives, et, au-delà, entre la France et les nations indépendantes issues de son ancien empire colonial.
Paris-Alger, le 30 novembre 2007.

Pour vous joindre à cet appel, inscrivez votre signature en ligne sur le site http://www.ldh-toulon.org

Ont participé directement à la rédaction de cet appel franco-algérien, ou ont été consultés à son sujet, les historiens Gilbert Meynier (professeur émérite, université Nancy-II), Éric Savarese (maître de conférence en science politique, université de Perpignan Via-Domitia), Raphaëlle Branche (maître de conférence, université Paris I), Jacques Frémeaux (professeur, université Paris-I), Jean-Charles Jauffret (professeur, IEP d’Aix-en-Provence), Gilles Manceron, Sylvie Thénault (chargée de recherche, CNRS), Pierre Sorlin et Benjamin Stora (professeur à l’Inalco), Omar Carlier (professeur, université Paris-VII), Ouarda Siari-Tenguour (université de Constantine), Hassan Remaoun (CRASC, université Es-Senia, Oran), Lemnouar Merouche (professeur émérite de l’Université d’Alger) et Mohammed Harbi (professeur émérite, université Paris-VIII) ; avec le soutien de Tewfik Allal (président de l’Association du Manifeste des libertés), Brigitte Bardet-Allal (professeur de lettres), Charles Silvestre (journaliste, initiateur de l’Appel des douze) et François Gèze (éditeur).
Il a été approuvé par les personnalités qui avaient lancé le 31 octobre 2000 l’Appel des douze pour la reconnaissance par la France de la torture pratiquée durant la guerre d’Algérie : Henri Alleg, Josette Audin, Simone de Bollardière, Nicole Dreyfus, Noël Favrelière, Gisèle Halimi, et Alban Liechti.
Il a reçu le soutien de nombreuses personnalités, tant françaises (Edgar Morin, Yvette Roudy, Françoise Seligmann, Roland Leroy, Jack Ralite, Yves Lacoste, Rony Brauman, Etienne Balibar, Lucette Valensi, Jean-Pierre Chrétien...), qu’algériennes (Wassyla Tamzali, Malika Boumendjel, Hocine Aït-Ahmed, Abdelhamid Mehri, Sadeq Hadjérès, Ali Haroun...), et de personnalités qui estiment que le devenir - apaisé - des relations entre les deux pays est important (Mamadou Diouf, Pap Ndiaye, Fethi Benslama, Nadia Tazi, Sophie Bessis, Bachir Ben Barka...).
Au-delà de la critique des politiques mémorielles et des histoires officielles - aussi bien en France qu’en Algérie -, ce texte est une adresse « aux plus hautes autorités de la République française pour faire advenir une ère d’échanges et de dialogue entre les deux pays, et au-delà, entre la France et les pays indépendants issus de son ancien empire colonial ».

Parmi les premiers signataires
Lahouari Addi (sociologue) - Hocine Aït-Ahmed (président du FFS, Algérie) - Sanhadja Akrouf (responsable associative) - Zineb Ali-Benali (professeur de lettres) - Tewfik Allal (syndicaliste, président de l’Association du Manifeste des libertés) - Henri Alleg (directeur d’« Alger républicain ») - Elisabeth Allès (anthropologue) - Hélène d’Almeida-Topor (historienne) - Salihka Amara (professeur de lettres-histoire) - Linda Amiri (historienne) - Josette Audin - Allassane Ba (juriste) - Bertrand Badie (professeur IEP de Paris) - Malika Bakhti (ingénieur) - Etienne Balibar (philosophe) - Brigitte Bardet-Allal (professeur de lettres) - Sidi Mohamed Barkat (philosophe) - François Becker (secrétaire général du Réseau européen Eglises et libertés) - Souad Belhadad (écrivain) - Bachir Ben Barka (Institut Mehdi Ben Barka-Mémoire vivante) - Djamaledine Benchenouf (journaliste) - Sadeq Benkada (historien) - Nouredine Benissad (avocat) - Hamida Bensadia (responsable associative) - Fethi Benslama (psychanalyste) - Fatima Besnaci-Lancou (éditrice) - Sophie Bessis (historienne - journaliste) - Marie-Claude Blanc-Chaléard (historienne) - Pierre Boilley (historien) - Simone de Bollardière - Malika Boumendjel - Charles Bonn (professeur émérite Lyon-II) - Mostefa Bouchachi (avocat) - Mourad Bourboune (écrivain) - Khedidja Bourcart (maire adjointe de Paris) - Saïd Bouziri (responsable associatif) - Rony Brauman (médecin) - Pierre Brocheux (historien) - Omar Carlier (historien) - Nadia Chaabane (formatrice) - Alice Cherki (psychanalyste) - Catherine Choquet (universitaire) - Jean-Pierre Chrétien (historien) - Suzanne Citron (historienne) - Elio Cohen-Boulakia (urbaniste) - Catherine Coquery-Vidrovitch (historienne) - Monique Crinon (sociologue) - Ahmed Dahmani (économiste) - Jacky Dahomay (professeur de philosophie) - Kamel Daoud (chirurgien) - Jocelyne Dakhlia (historienne) - François Della Sudda (professeur de lettres classiques) - Alain Desjardin - Kalidou Diallo (historien) - Mamadou Diouf (historien) - Karima Direche-Slimani (historienne) - Habiba Djahnine (cinéaste) - Ahmed Djouder (éditeur) - Jean-Pierre Dozon (anthropologue) - Nicole Dreyfus (avocate) - Jean-Pierre Dubois (juriste, président de la LDH) - Nassera Dutour (Association des familles de disparus en Algérie) - Ali el-Baz (Association des travailleurs maghrébins en France) - Driss el-Yazami (journaliste, secrétaire général de la FIDH) - Jean-Luc Einaudi (écrivain, journaliste) - Armelle Enders (historienne) - Nabile Farès (psychanalyste) - Jacques Fath (membre du comité exécutif du PCF, responsable des relations internationales) - Noël Fravrelière - Jean-Jacques de Felice (avocat) - Guy Fischer (sénateur) - Jacques Frémeaux (professeur d’histoire) - Yvan Gastaut (historien) - Jean-François Gavoury (président de l’Association des victimes de l’OAS) - François Gèze (éditeur) - Laurent Giovannoni (secrétaire général de la Cimade) - Bachir Hadjadj (écrivain) - Mimouna Hadjam (responsable associative) - Sadek Hadjeres (responsable politique, Algérie) - Gisèle Halimi (avocate) - Abdelhafid Hammouche (sociologue) - Mohammed Harbi (historien) - Ali Haroun (avocat, ancien ministre, Algérie) - Eric Hazan (éditeur, écrivain) - Daniel Hémery (historien) - Abdelhamid Hénia (historien) - Ahmed Henni (économiste) - Jean-Robert Henry (juriste) - Ghazi Hidouci (économiste) - Badié Hima (philosophe) - Hacène Hirèche (universitaire) - Jacques Inrep (psychanalyste) - Jean-Charles Jauffret (historien) - Dominique Juhé-Beaulaton (historienne) - Nadia Kaci (actrice) - M’hamed Kaki (responsable associatif) - Anouar Koutchoukali (Justitia Universalis) - Yves Lacoste (géographe) - Camille Lacoste-Dujardin (anthropologue) - Feriel Lalami (politologue) - Madjid Laribi (journaliste) - Philippe Lavodrama (enseignant) - Michel Laxenaire (responsable associatif) - Philippe Lazar (directeur de la revue « Diasporiques ») - Gilles Lemaire (écologiste) - Alban Liechti (association « Cause anticoloniale ») - Françoise Lorcerie (politologue) - Lotfi Madani (sociologue) - Alain Mahé (anthropologue) - Gilles Manceron (historien) - Marc Mangenot (économiste-sociologue) - Ngo Manh Lan (économiste) - Gustave Massiah (économiste) - Claire Mauss-Copeaux (historienne) - Abdelhamid Mehri (ancien secrétaire général du parti FLN) - Salima Mellah (journaliste) - Lemnouar Merouche (historien, professeur émérite, université d’Alger) - Rachid Mesli (avocat) - Samia Messaoudi (journaliste, responsable de l’association « Au nom de la mémoire ») - Fabienne Messica (philosophe) - Arezki Metref (écrivain, journaliste) - Gilbert Meynier (historien) - Tarik Mira (député rcd) - Nadir Moknèche (cinéaste) - Edgar Morin (sociologue) - Georges Morin (politologue, président de l’association « Coup de soleil ») - Valérie Morin (historienne) - François Nadiras (directeur du site LDH-Toulon.net) - Pap Ndiaye (historien) - Jean-Philippe Ould-Aoudia (président de l’association « Marchand, Feraoun et leurs compagnons ») - Tramor Quemeneur (historien) - Zohra Perret (psychanalyste) - Laure Pitti (historienne) - Malika Rahal (historienne) - Françoise Raison (historienne) - Faranirana Rajaonah (historienne) - Jack Ralite (ancien ministre) - Hassan Remaoun (historien) - Annie Rey-Goldzeiguer (historienne) - Yvette Roudy (ancienne ministre) - Alain Ruscio (journaliste, historien) - Arafat Saadallah (étudiant) - Noureddine Saadi (juriste, écrivain) - Eric Savarese (politiste) - Leïla Sebbar (écrivain) - Françoise Seligmann (présidente d’honneur de la Ligue des droits de l’homme) - Brahim Senouci (universitaire) - Ouarda Siari-Tengour (historienne) - Charles Silvestre (initiateur de l’Appel des Douze du 31 octobre 2000) - Mohammed Smida (juriste) - Benjamin Stora (historien) - Pierre Sorlin (historien) - Khaoula Taleb-Ibrahimi (professeur de linguistique) - Wassyla Tamzali (avocate) - Nadia Tazi (philosophe) - Christiane Taubira (députée de Guyane) - Emmanuel Terray (anthropologue) - Michel Tubiana (avocat, président d’honneur de la LDH) - Lucette Valensi (historienne) - Alphonse Véronèse (ancien secrétaire national de la CGT) - Robert Vial (journaliste) - Michèle Villanueva (historienne) - Georges Wajs (président du Cercle Gaston-Crémieux) - Ali Yahia-Abdenour (président d’honneur de la LADDH) - Bernard Zimmermann (responsable associatif) - Hassan Zerrouky (journaliste).

Notes

[1] Il a été publié le 1er décembre 2007 par quatre quotidiens (deux français et deux algériens dont un de langue arabe) : "Le Monde", "L’Humanité", "Al Khabar" et "El Watan".

Il a été publié dans "Le Monde" et dans "El Watan" avec les signatures de : Hocine Aït-Ahmed (président du FFS, Algérie), Simone de Bollardière, Mohammed Harbi (historien), Abdelhamid Mehri (ancien secrétaire général du parti FLN), Lemnouar Merouche, Gilbert Meynier, Edgar Morin (sociologue), Jack Ralite (ancien ministre), Yvette Roudy (ancienne ministre), Françoise Seligmann (LDH), Benjamin Stora, Wassyla Tamzali (avocate) et Christiane Taubira (députée de Guyane).

Dans "L’Humanité", il comportait les signatures de Tewfik Allal, Brigitte Bardet-Allal, Raphaëlle Branche, Omar Carlier, Jacques Frémeaux, François Gèze, Mohammed Harbi, Jean-Charles Jauffret, Gilles Manceron, Gilbert Meynier, Éric Savarèse, Charles Silvestre (initiateur de l’Appel des Douze du 31 octobre 2000), Pierre Sorlin, Benjamin Stora et Sylvie Thénault.

"Al Khabar" a retenu les signatures de : Lahouari Addi, Hocine Aït-Ahmed, Bachir Ben Barka, Hamida Bensadia, Fethi Benslama, Sophie Bessis, Mourad Bourboune, Jacky Dahomay, François Della Sudda, Mamadou Diouf, Ali el-Baz, Jean-Luc Einaudi, Jean-François Gavoury, François Gèze, Bachir Hadjadj , Sadek Hadjeres, Gisèle Halimi, Mohammed Harbi, Ali Haroun, Hacène Hirèche, Yves Lacoste, Ngo Manh Lan, Abdelhamid Mehri, Arezki Metref, Gilbert Meynier, Edgar Morin, Valérie Morin, Jack Ralite, Yvette Roudy Noureddine Saadi, Leïla Sebbar, Françoise Seligmann, Pierre Sorlin, Benjamin Stora, Khaoula Taleb-Ibrahimi, Wassyla Tamzali, Michel Tubiana, Lucette Valensi, Bernard Zimmermann.