"De même que l'Europe n'est pas la seule affaire des Européens, l'Islam n'est pas la chose exclusive des musulmans".

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La liberté de conscience et de culte en Islam :
le cas baha’i en Iran et en Egypte

Vendredi 27 juin 2008
Maison Madeleine-Rébérioux
5, rue Perrée, 75003 Paris.


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La vidéo dure 2h20.

En solidarité avec les sept détenus baha’is de Téhéran Récemment en Iran, sept responsables baha’is (deux femmes et cinq hommes) ont été arrêtés.

Détenus à Téhéran, ils sont accusés d’« avoir agi contre la sécurité nationale et d’avoir noué des liens avec des étrangers ».

Au mois de janvier dernier, 54 membres de cette communauté, estimée à quelque 300 000 personnes (5 millions dans le monde), ont été condamnés à des peines de prison, trois d’entre eux à quatre ans, les autres à un an avec sursis.

Les juges les accusaient de prosélytisme à Chiraz, une des villes où les membres de cette religion monothéiste fondée au XIXe siècle sont nombreux.

Ont pris la parole : Foad Saberan, psychiatre, Marc Kravetz, journaliste, et Ghaleb Bencheikh, islamologue, accueillis par Tewfik Allal, président du Manifeste des libertés.

INFOS

« Le Monde », 27 mai 2008
En Iran, la direction de la minorité bahaïe décapitée après une vague d’arrestations

La minorité religieuse bahaïe d’Iran - 300 000 fidèles - est sans nouvelle des six membres de sa direction (Jamal-Eddin Khanjani, Vahid Tizfahm, Behrouz Tavakkoli, Saïd Rezaï, Afif Naïmi et Farida Kamal-abadi) arrêtés et incarcérés le 14 mai à la prison d’Evin, à Téhéran. Une septième dirigeante, Mahavash Sabet, avait été appréhendée le 5 mars.

Le gouvernement iranien s’est contenté de confirmer ces arrestations le 20 mai, ajoutant que les leaders bahaïs avaient agi "contre l’intérêt national". Une thèse reprise, vendredi 23 mai, par l’imam de la prière de Machhad, capitale religieuse du Khorassan, qui a accusé les détenus d’être "des espions israéliens" ayant commis de "nombreux crimes politiques" et qui doivent "être condamnés aux peines les plus élevées".
En l’absence de tout clergé (c’est une "assemblée spirituelle" qui, dans chaque pays, gère les affaires de la communauté, forte de 7 millions de membres dans le monde) et, depuis la Révolution islamique de 1979, de toute direction élue en Iran, c’est un petit noyau d’individus, les yaran ("amis"), qui assure clandestinement l’information et l’administration des bahaïs demeurés au pays.
La rafle que ceux-ci viennent de subir aboutit donc, de fait, à la décapitation de cette minorité, dissidence de l’islam chiite persécutée dès sa naissance au XIXe siècle. Le secrétariat d’Etat américain, le gouvernement canadien, la présidence de l’Union européenne ont élevé des protestations. Trois nouvelles arrestations ont eu lieu vendredi 23 près de Babol (Nord), sans aucun motif précisé.
A l’intérieur même de l’Iran, l’avocate et Prix Nobel de la paix 2003 Shirin Ebadi vient de rédiger un rapport sur "la violation systématique des droits de l’homme en Iran". Elle y dénonce le fait qu’une soixantaine de personnes (dissidents, journalistes, féministes...) aient été condamnées à des "peines dégradantes de prison et de fouet" durant l’année écoulée, tandis que les bahaïs sont "privés d’emploi et d’accès à l’université".
De plus, geste plutôt inhabituel, depuis la ville sainte de Qom, le grand ayatollah Montazeri, écarté de la succession de l’ayatollah Khomeiny, fondateur de la République islamique, pour s’être montré trop critique, a publié lui aussi un texte sur la question bahaïe. Répétant que les bahaïs ne sont pas reconnus comme minorité religieuse, il insiste cependant sur le fait que ce sont des "citoyens iraniens" à part entière, qui ont des droits et devraient bénéficier de la "compassion islamique professée dans le Coran".
Depuis les exactions et les exécutions qui avaient suivi la Révolution de 1979, la répression à l’encontre des bahaïs n’a jamais cessé. Avec l’élection du président Mahmoud Ahmadinejad en 2005, elle s’est accrue : fichage policier des fidèles ; harcèlement jusque dans les écoles où les enfants bahaïs sont pressés par leurs enseignants de renier leur foi ; incitation à la haine dans certains organes de presse gouvernementaux ; profanation de cimetières. En quatre ans, deux cents bahaïs ont été détenus pour des temps plus ou moins longs et cinq d’entre eux sont en prison depuis deux ans. Ce qui ressemble à un plan délibéré d’exclusion de la société iranienne serait dû, entre autres, au radicalisme religieux du président Ahmadinejad, membre de l’association islamique anti-bahaï Hodjatieh. Même si le messianisme chiite de son discours est loin de faire l’unanimité dans la direction spirituelle iranienne. Ses références fréquentes au Mahdi - l’"imam caché" et le Messie de la tradition chiite - jouent particulièrement en défaveur d’une minorité bahaïe accusée d’apostasie depuis sa fondation.
Son fondateur, Mizra Ali Mohammed, surnommé le "Bab" (la "porte"), mystique chiite fusillé à Tabriz (1820-1850), et son successeur, un prince persan vénéré sous le nom de "Baha’u’llah" ("Splendeur de Dieu"), ont forgé une foi bahaïe qui n’est ni une simple réforme de l’islam chiite ni un syncrétisme, mais se veut une religion nouvelle, avec son messager divin, ses écrits sacrés, ses règles et son calendrier. Baha’u’llah est mort en prison en 1892, à Saint-Jean-d’Acre, près d’Haïfa (aujourd’hui en Israël), actuel lieu saint des bahaïs, ce qui explique des accusations répétées de sionisme.
Selon l’islam, qui entend récapituler et clore le cycle des traditions monothéistes, il ne peut y avoir de révélation divine après la mort du Prophète au VIIe siècle. D’où la férocité exercée contre les bahaïs qui représentent, en outre, un défi pour le monde musulman, notamment iranien, en affichant une volonté de modernité religieuse : liberté de religion, droit de pouvoir changer de confession, égalité homme-femme, accord entre la foi et la raison, respect du pluralisme religieux et dialogue avec les autres religions.
Henri Tincq et Marie-Claude Decamps

REGARDS SUR UNE COMMUNAUTE MONDIALE : LES BAHÁ’ÍS

Extrait de la brochure « Les Bahá’ís », publiée par la Communauté Internationale Bahá’íe, juillet 1997.

Fondée il y a près d’un siècle et demi, la foi bahá’íe est rapidement devenue l’une des religions les plus répandues de notre temps. En effet, avec plus de cinq millions de fidèles répartis dans au moins 238 pays et territoires dépendants, cette foi est la deuxième religion la plus représentée sur le plan géographique après le christianisme. On trouve des bahá’ís dans plus de 116 000 localités dans le monde, ce qui témoigne de leur attachement à l’idéal de citoyenneté universelle Le caractère mondial de la foi bahá’íe transparaît dans la composition de ses membres. Echantillon de l’humanité, les bahá’ís appartiennent pratiquement à tous les pays, groupes ethniques, cultures, professions, classes sociales ou économiques. Ils représentent plus de 2 100 groupes tribaux et ethniques. Ne formant qu’une seule communauté, sans schisme ni factions, la foi bahá’íe constitue ce qui est probablement le groupe organisé d’individus le plus diversifié et le plus étendu de la Terre.
Le fondateur de cette foi est Bahá’u’lláh, noble persan originaire de Téhéran, qui, au milieu du dix-neuvième siècle, renonça à une existence princière faite de confort et de sécurité pour vivre persécutions et dénuement. Bahá’u’lláh prétendit n’être rien moins que le nouveau messager de Dieu. Sa vie, son œuvre et son influence sont comparables à celles d’Abraham, Krishna, Moïse, Zoroastre, Bouddha, le Christ et Mohammad. Dans cette succession, pour les bahá’ís, Bahá’u’lláh est le dernier en date des messagers de Dieu. L’unité est le thème central du message de Bahá’u’lláh. Il a enseigné qu’il n’y a qu’un seul Dieu, une seule race humaine et que toutes les religions du monde constituent des étapes de ce que Dieu a voulu et projeté pour l’humanité. Enfin, a-t-il affirmé, l’humanité est arrivée à maturité. Comme l’ont prédit toutes les Ecritures du passé, le temps de l’unification de tous les peuples en une société mondiale pacifique et bien intégrée est arrivé. "La Terre n’est qu’un seul pays et tous les hommes en sont les citoyens", a-t-il écrit.
La plus jeune des religions indépendantes du monde, la foi fondée par Bahá’u’lláh, se distingue des autres religions par plusieurs aspects. Elle a un système particulier d’administration globale avec des conseils librement élus dans plus de 9 000 localités.
Elle a sa manière propre de traiter les problèmes sociaux contemporains. Les textes de la foi et les nombreuses activités de ses membres traitent de presque tous les courants majeurs du monde contemporain, depuis la nouvelle philosophie sur la diversité culturelle et la préservation de l’environnement jusqu’à la décentralisation de la prise de décision, en passant par l’attachement renouvelé à la famille et à la moralité et à l’appel en faveur d’un "nouvel ordre mondial".
Toutefois, ce qui caractérise essentiellement la foi bahá’íe, c’est son unité. Contrairement aux autres religions, sans parler de la plupart des mouvements sociaux et politiques, la foi bahá’íe a su résister à la tentation de se diviser en sectes et sous-groupes. Elle a maintenu son unité malgré une histoire aussi tourmentée que celle de n’importe quelle religion du passé.
Au cours des cent années écoulées depuis la mort de Bahá’u’lláh, le processus d’unification mondiale qu’il appelait de ses vœux a bien progressé. Au fil de l’histoire, les barrières traditionnelles de race, de classe, de croyance et de nation sont progressivement tombées. Les forces à l’oeuvre, prédisait Bahá’u’lláh, donneront finalement naissance à une civilisation universelle. Le principal défi à relever par les peuples de la Terre est de reconnaître leur unité et d’aider à la création de ce monde nouveau.
L’éclosion d’une société mondiale, repose sur certains principes fondamentaux, à savoir : l’élimination de toutes formes de préjugés, l’égalité totale entre les sexes, la reconnaissance de l’unité fondamentale des grandes religions du monde, l’élimination des écarts excessifs de richesse et de pauvreté, l’éducation pour tous, l’harmonie entre la science et la religion, un équilibre durable entre la nature et la technologie et, enfin, la mise en place d’une confédération mondiale fondée sur la sécurité collective et l’unité de l’humanité.
Les bahá’ís du monde entier manifestent leur attachement à ces principes, essentiellement en favorisant la transformation de l’individu et de la collectivité. Cet attachement se concrétise, entre autres, par les nombreux petits projets communautaires de développement économique et social lancés ces dernières années.
En établissant un réseau unifié de conseils administratifs à l’échelle locale, nationale et internationale, les bahá’ís ont construit une communauté mondiale étendue et diversifiée - caractérisée par un mode de vie et d’activité particulier - qui est un modèle encourageant de coopération, d’harmonie et d’action sociale. Dans un monde aux idéaux et aux engagements si divers, c’est en soi un résultat remarquable.

QUELQUES CHIFFRES

Nombre total de bahá’ís dans le monde : plus de 7 500 000
Nombre de pays indépendants où la foi bahá’íe est implantée : 189
Territoires dépendants où départements d’outre-mer où la foi bahá’íe est implantée : 46
Nombre de conseils nationaux ou régionaux (connus sous le nom d’assemblées spirituelles nationales) : 183
Nombre de conseils locaux (connus sous le nom d’assemblées spirituelles locales) : 9 631
Nombre de localités dans le monde où résident des bahá’ís : plus de 116 000
Tribus, races et groupes ethniques dont les membres sont représentés au sein de la communauté mondiale bahá’íe : plus de 2 100
Langues dans lesquelles les Ecrits de Bahá’u’lláh ont été traduits : 802
Maisons d’édition : 33