"De même que l'Europe n'est pas la seule affaire des Européens, l'Islam n'est pas la chose exclusive des musulmans".

Accueil du site - Imprimer

L’imposture d’une identité réduite au paraître

par Ziad Goudjil

Je m’inscris dans la dynamique du Manifeste. À l’instar de la plupart des mouvements d’idées plaçant l’humain au centre de toute réflexion, nous devons favoriser la dissociation du fait culturel, complexe par essence, et du fait religieux, qui est partie prenante plus ou moins importante de cette complexité mais ne saurait en être la représentation. Chaque réduction d’un humain à un de ses constituants porte en germe la volonté totalisante pour soi et surtout, comme une réponse le plus souvent sanglante à sa propre incomplétude induite, pour l’autre existant uniquement comme allié ou ennemi à détruire.

Cette prétention au tout qui consiste en l’ablation des parties sauf une a toujours et partout abouti aux massacres. Ce rapport à l’altérité qui nourrit et se nourrit du repli de l’autre pour justifier cet auto-saucissonnage entraîne, à chaque fois, la volonté de détruire l’autre, dont la réduction identitaire reflet de celle qu’on s’impose est prétexte à sa déshumanisation, à son " animalisation ", qui prépare sa disparition probable parce qu’externe au tabou suprême, celui de la suppression de l’autre. Je crois d’autant plus urgent cette initiative des républicains français d’origine culturelle musulmane que les résultats électoraux récents, outre une abstention préoccupante, ont montré que les perspectives de candidatures communautaristes dans le futur sont probables. Je pense que nous devons proposer une dynamique alternative à celle des partisans du repli sur un soi qui, parce qu’il est visible, recouvrirait les différents aspects composant une personnalité. Le terreau produit par les discriminations à l’emploi, au logement et autres, ainsi que les successives instrumentalisations de tous bords visant cette " communauté " fantasmée parce que créée par l’autre, ne doivent pas être nourris par la volonté régressive des partisans du libéralisme sauvage dans l’économie et le social, et de l’orthodoxie intégriste et liberticide pour ses victimes.

Parce que nous devons aujourd’hui refuser l’auto-mutilation d’une identité complexe et non reconnue, y compris dans ses contradictions, parce que nous devons déjouer les manipulations des prêcheurs convaincant pour l’instant le plus grand nombre de la fusion entre une culture et une religion, parce que nous devons repousser les tentatives d’origines diverses de renvoyer les femmes à une préhistoire récente et malgré tout prégnante, parce que nous devons (nous ?) convaincre que le degré de civilisation d’une société est étroitement lié à sa prise en compte des différences, parce que nous devons assumer pleinement notre fonction d’exemple pour d’autres, quelques milliards pour qui, sans " européocentrisme ", chacune de nos reculades aura pour conséquence plus de souffrances et moins d’espoir, parce que peut-être et enfin, seuls ceux qui bénéficient d’un minimum de capacités de produire de la pensée libératrice, grâce à des conditions socio-économiques confortables comme jamais dans l’histoire de l’humanité aucun groupe humain n’en a eu à ce point et aussi massivement, ont l’occasion de le faire, seuls ceux-là ont le devoir de rappeler des principes humains, pour tous. Notre éthique, au-delà des morales locales, nous impose ce positionnement comme une nécessité contre une inaction coupable et complice des pulsions barbares qui nous traversent. Ce combat éthique contre les postures contribue à contenir le pire en démasquant l’imposture d’une identité réduite au paraître.

C’est, aussi, pour ces raisons que j’ai répondu à l’appel de ce manifeste. Il n’y a personne derrière nous.