"De même que l'Europe n'est pas la seule affaire des Européens, l'Islam n'est pas la chose exclusive des musulmans".

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Contre la logique à rebours de " l’effet perpétuel " sadien

par Michèle Sinapi

J’ai immédiatement signé pour deux raisons ­ mais, avant, un mot sur le ton du Manifeste : l’écriture du Manifeste présente la simplicité, la douceur de la force, de la force des évidences ­ ni revanche, ni revendication ­, mais le simple dire de ce que nous avons toujours su et qui a toujours été là. Il fallait seulement le regarder.

Première raison, donc : l’intime liaison des trois éléments, le rapport qui se tisse dans une société, entre le même et l’autre, qui structure les rapports entre les sexes, et, par voix de conséquence, la relation qu’un sexe entretient avec lui-même, puis la chaîne du temps, telle qu’elle se donne pour les sociétés construites sur les bases agonistiques des trois monothéismes ­ ces deux axes sont l’" architecture invisible " que les programmes de pureté des différents fascismes veulent détruire.

La deuxième raison était pour moi, qui ne suis pas " de culture musulmane ", ni de familialité méditerranéenne, mais née à Paris en 1942, que le Manifeste semblait inventer une nouvelle position, ou la permettre, hors de l’opposition du dedans et du dehors : pas d’appartenance, mais un être-dans-l’entre-deux. Lévi-Strauss, pour n’être plus ni " dedans où il se sentait ", ni " dehors où on le mettait ", était allé chez les Nambikwara. La leçon d’écriture d’une Amérique défunte ne suffit peut-être plus.

Etre dans l’entre-deux, c’est faire en sorte que se produise un retour d’images et de discours. C’est essayer de desserrer l’étau, d’arrêter la logique inversive qui semble prévaloir aujourd’hui, et qui, outrepassant l’habituelle ironie de l’histoire, fait tourner indéfiniment les places et les enjeux de discours, semblant vouloir réaliser le souhait de Sade : " Trouver un crime dont l’effet perpétuel " agirait même après la mort de son exécutant.