"De même que l'Europe n'est pas la seule affaire des Européens, l'Islam n'est pas la chose exclusive des musulmans".

Accueil du site - Imprimer

Vers l’universel

par Fatima Lalem

Nous étions quelques-uns à nous inquiéter sérieusement de voir la cause de l’antiracisme et les luttes altermondialistes trustées par la défense de l’islam politique. Celui-ci étant présenté par certains comme une alternative citoyenne et anti-impérialiste.

Nous étions quelque-uns décidés à prendre la parole face à cette supercherie qui consiste à soutenir ceux qui prônent le voile comme un symbole positif, où le sens premier du voile, instrument de domination et de contrôle sur le corps et la sexualité des femmes, s’efface devant son affichage comme revendication pour une liberté de choix et pour l’égalité.

Une certaine gauche, ou plutôt bon nombre de ses militants semblent avoir trouvé dans la défense de l’islam politique une " reconversion ", de nouvelles luttes pour la défense des opprimés : quelle mascarade ! Voilà le voile, affichage public de l’inégalité entre les sexes, devenu un instrument pour des revendications égalitaires ! Voilà des féministes, bouffeuses de curés hier, devenues aujourd’hui défenseuses du respect des préceptes religieux !

Nous devions rompre le silence, sous peine de devenir complices de ce qui se mettait en scène sous nous yeux, à savoir : un deal politique et idéologique avec une approche communautariste fondée sur des valeurs religieuses et devenant le lieu premier des luttes contre les discriminations.

Militante féministe, militante au Planning familial, je suis aux premières loges, si j’ose m’exprimer ainsi, pour observer au quotidien les dérives et les ravages que produit cette montée de l’islam politique et ce qu’il charrie, ici comme ailleurs, comme partout : à savoir, la misogynie, l’homophobie et l’antisémitisme. Le manifeste, dénonçant fortement cette trilogie, est, pour moi, un moment fort de rupture collective de ce silence.

Par ailleurs, tout un chacun a pu observer combien nous étions régulièrement englobés dans une entité homogène par laquelle nous étions identifiés : les musulmans.

Le manifeste est venu, de manière subversive, casser cette entité en donnant à voir un autre " nous ". Un " nous " qui revendique des valeurs de liberté et d’égalité entre les sexes. Un nous qui refuse un positionnement victimaire que des " amis bien pensants ", toujours prompts à nous excuser, à nous enfermer dans leur paternalisme, devraient entendre. Ils devraient entendre que nous ne revendiquons pas les valeurs universelles pour leur ressembler mais parce que nous considérons qu’elles transcendent leur espace de production et appartiennent à l’humanité et donc à ceux qui les revendiquent et se battent pour elles.