"De même que l'Europe n'est pas la seule affaire des Européens, l'Islam n'est pas la chose exclusive des musulmans".

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Les maisons inoccupées d’Oujda

par Zaki Allal

En 1998, lors d’un voyage au Maroc, je me suis rendu à Oujda, ville où est né mon père, afin de prendre connaissance de cet endroit et faire en sorte que cette géographie soit vivante à mes yeux, qu’elle ne reste pas celle d’un souvenir lointain qui n’appartiendrait qu’à mon père. Je me posais la question de mon identité arabe.

En me promenant dans un certain quartier, je me suis aperçu que de nombreuses maisons étaient à l’abandon, curieusement vides. Après enquête, je sus que ces maisons étaient celles de familles juives. Vraisemblablement ces familles avaient dû en leurs temps, je suppose, rejoindre la toute jeune nation israélienne. J’ai tout de suite senti de la nostalgie dans les lieux et les regards des Oujdis (ceux que j’ai pu voir bien sûr) par rapport à cette population juive " perdue". Ces maisons marquaient à la fois leur présence et leur absence.

Je compris que ces maisons inoccupées avaient une fonction de mémoire de la présence des juifs.

Je reste encore marqué de ces moments où j’ai pu mesurer par moi-même l’attachement des gens d’Oujda pour les juifs. Je savais que ma grand-mère arabe avait eu un amour juif dans cette ville et mon imaginaire pouvait alors fonctionner pleinement au vue de cette découverte. Le récit de cet amour que me racontait mon père prenait alors une toute autre ampleur à mes yeux. Tout cela reste vivant. Vive le manifeste, et vive l’amitié entre Arabes et Juifs.