"De même que l'Europe n'est pas la seule affaire des Européens, l'Islam n'est pas la chose exclusive des musulmans".

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Folie du mot, folie du nom "Islam"

par Nabile Farès

 [1]

Terrorismes d’Etat, terrorismes de partis politiques, terrorismes de partis religieux devenus, eux aussi, politiques, nous ont placé, nous, femmes, enfants, hommes, depuis le début du XXe et maintenant le XXIeau centre de tentatives de destruction des corps, des idées, des m¦urs, des acquis d’une civilisation commune toujours fragile, fragilisée par des convictions sans partage, tournées vers la destruction de l’autre humain, semblable et différent, devenu insupportable par sa présence même. Quelque chose de plus, cependant, ici, en France, et, tout aussi bien, dans le monde, s’il s’agit de jeunes femmes, car la violence meurtrière, jalouse, se trouve soudainement, rapidement, comme c’est le cas, démultipliée.

Ce ne sont pas de jeunes hommes, adolescents, qui sont, dans leur corps, présence, désignés comme porteurs ou transgresseurs de la loi ­ loi scolaire, sans doute, en France, mais, loi, tout de même, où la nation se retrouve, se reconnaît engagée toute entière.

Les personnes (car ce sont bien des personnes) désignées comme porteurs de la loi ­ dite " islamique ", d’un coté, ce qui ne veut pas du tout dire " musulman " ; " laïque ", de l’autre, ce qui n’est pas de l’anti-religieux, mais invite et impose par la parole, le dialogue, la négociation, le respect d’un espace où coexistent croyantes et non-croyantes, croyants et non-croyants ­, les porteurs de la loi sont des adolescentes, en mouvement vers une pensée d’elle-même, de leurs corps, de leur place dans la vie commune, la cité où elles sont, la cité où nous sommes, une chacune, un chacun.

D’où l’intolérable de cette liaison ­ déraison ­ entre la place des adolescentes à l’école et cette démesure d’actes meurtriers, assassinats ­ existent-ils d’autres mots ? crimes ­ à l’égard des deux personnes Christian Chesnot et Georges Malbrunot.

Si rien ne pourrait justifier un tel double crime, si rien ne peut justifier l’assassinat des travailleurs népaliens et tant d’autres dans de nombreux pays, aujourd’hui ­ que l’on pense à l’Algérie, par exemple ­ il existe une cause à ces actes : celle, précisément, qui guette le mot, le nom, la folie même du mot et du nom.’

Ce mot, qui, aujourd’hui, se dit, se décline selon des conjugaisons d’actes meurtriers, pour autant que pour ces exécuteurs de l’islam, de l’islam en tant que cultures, langues, civilisations, civilités, accueils, reconnaissances, est devenu un mot jeté en pâture au monde par haine de l’autre, haine de soi-même en tant qu’autre.

Si la folie du mot l’emportait, comme en ce moment, sur la raison, l’intelligence de la culture, alors, c’est l’islam, lui-même, qui disparaitrait de la civilisation comme ont disparu d’autres excès meurtriers de la civilisation que furent, en leur temps, en notre temps, croisades, inquisitions, totalitarismes nazis ou communistes, et non pas la civilisation elle-même.

D’où la nécessité ­ qui est aussi une loi contre la destruction ­ d’enrayer ce processus tragique de dégradation de la culture, non pas simplement de l’islam, mais de la culture musulmane laïque, libre, ouverte à soi-même, aux autres, aujourd’hui.

[1] Nabile Farès, psychanalyste, écrivain, signataire du manifeste des libertés.